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Le phare
Ar-Men, dans la chaussée de Sein, à l'ouest de la Pointe du Raz
Le
phare Ar-Men est considéré par les gardiens semblable
à un "Enfer" parmi les "Enfers".
Ar-Men est une borne géographique et
chronologique importante : la construction de ce feu, le plus occidental des
côtes de France, est un écho tardif des débats qui animaient la Commission
pendant la période de construction d'un système rationnel d'éclairage. A 5
milles et demi de Sein, Ar-Men est un rocher de 15 mètres sur 7 à marée basse
mais qui est entièrement recouvert à marée haute.
Le sommet de la roche émerge de 1,50 mètres au-dessus des plus basses mers de
vive-eau.
Dès
le début du 19ème siècle, la Commission des Phares et Balises souhaitait
construire un phare en pleine mer non loin de la Chaussée de Sein. Aucun balisage
n'existait à cet endroit en raison du danger permanent. Trois têtes de
roches furent reconnues, les basses de Madiou, Schomeur et Ar-men.
Bien que la plus difficile à accoster, Ar-Men, "La Pierre" en langue
bretonne, fut retenue car elle
était la mieux située.
L'inspecteur général directeur du service, Léonce REYNAUD, malgré les avis des
ingénieurs de son corps, décida de soumettre à la Commission un projet de
construction sur la roche Ar-Men. Il disait : "L'établissement d'un phare sur Ar-Men est une œuvre excessivement difficile,
presque impossible ; mais peut-être faut-il tenter l'impossible eu égard à
l'importance capitale de l'éclairage de la Chaussée de Sein."
| Historique |
Le phare est construit entre 1867 et 1881 sur les plans de l'ingénieur
des Ponts-et-Chaussées Paul JOLY.
[...] "Le grand plateau de roche connu sous le nom de Chaussée de Sein
est tellement dangereux [...], que nous pouvons affirmer que tout
navigateur qui le traversera, sans le secours d'un bon pilote de l'île
de Sein, ne devra son salut qu'à un heureux hasard..." signalait
Beautemps-Beaupré [...]. Cette singulière formation restait tristement
célèbre dans les esprits des marins car l'on ne comptait plus les
navires échoués ou coulés sur la chaussée. La Commission de 1825 chargée
de préparer le rapport concernant l'éclairage général des côtes de
France décida d'établir un feu sur la pointe du Raz et un autre sur
l'île de Sein [...] ; mais si les marins savaient qu'il fallait se tenir
à grande distance de cet alignement lumineux pour éviter de tomber sur
les écueils rien ne leur permettait d'estimer cet écart nécessaire vers
le large [...] Les naufrages, ne cessèrent pas pour autant et les
plaintes de plus en plus nombreuses affluaient [...] En avril 1860 la
Commission des Phares demanda que la question fût examinée avec le plus
grand soin afin de constater s'il n'était pas possible d'établir un
phare sur l'une des têtes émergeantes à l'extrémité de la Chaussée
[...].Les premières études sur le terrain débutèrent sous la direction
de Léonce REYNAUD, directeur du Service des Phares, [...] Cette mission
[...] tenta une descente sur la roche la plus occidentale, Ar-Men, mais
échoua ; en conclusion il semblait bien que toute construction en un
lieu aussi exposé [...] était impossible [...] On demanda à la marine de
procéder à une reconnaissance hydrographique approfondie pour rechercher
le meilleur site [...], mais les trois tentatives de débarquement
effectuées en 1861 se soldèrent elles aussi par des échecs.[...]. Malgré
tout, le Dépôt des Cartes et Plans reprit en août 1866 sa mission [...].
Le syndic des gens de mer de l'île de Sein, TYMEUR, parvint à poser le
pied sur la roche et prélever un échantillon.[...]. Après sept
accostages la campagne 1867 s'achevait : huit heures au total passées
sur Ar-Men afin d'effectuer le percement de 15 trous de trente à
quarante centimètres de profondeur. L'année suivante [...] sous la
conduite de l'ingénieur JOLY et du conducteur LACROIX, les travaux
reprirent sur le roc.[...]. On parvint [...] à exécuter des dérasements
partiels et à percer 40 trous supplémentaires.[...]. La construction
proprement dite débuta en mai 1869 sous la conduite d'un nouvel
ingénieur, Alfred CAHEN, assisté du conducteur de travaux PROBESTEAU
[...] On disposa alors les premiers moellons brut en grès, provenant de
l'île de Sein [...]. A la fin de la campagne de 1869, après 24
accostages fructueux et 42 heures passées sur la roche on avait exécuté
25 m3 de maçonnerie, que l'on retrouva intacts l'année suivante [...].
Mais l'on s'inquiète de la lenteur des travaux et des chances réelles de
succès [...]. Jamais aucune construction de ce genre n'avait coûté aussi
cher. [...] La campagne de 1870 ne permit que 8 accostages pour 19
heures sur la roche [...] ; celle de 1871 ne fut guère plus brillante
[...] mais il convient de noter qu'elle eut lieu, véritable exploit en
considérant la situation politique plus que chaotique. [...]. A la fin
de la campagne les maçonneries dominaient de 3 mètres la tête la plus
saillante de la roche [...]. De 1874 à 1881, l'ingénieur MENGIN prend la
suite de CAHEN. En 1880 l'essentiel des travaux était achevé, "on peut
dire aujourd'hui que cet impossible est réalisé, après 12 années
d'efforts [...]", l'ingénieur en chef FENOUX au préfet du Finistère, le
12 août 1880. En effet pour la première fois le feu fut allumé le 18
février 1881, par les quatre premiers gardiens nommés. Un soubassement
plus large fut construit entre 1897 et 1900.
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Description architecturale |
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Hauteur au-dessus de la mer : 28,80 m.
Taille générale : 37 m.
Hauteur de la focale : 33,50 m.
Description : Tour tronconique en maçonnerie de pierre de taille de grès
et de granite blanchie dans sa partie haute, peinte en noir dans sa
partie inférieure, avec deux abris en maçonnerie lisse accolés, l'un au
Nord-Est, l'autre à l'Est, à la partie inférieure, sur un soubassement
de forme irrégulière en maçonnerie de pierres apparentes. Fût terminé
par une corniche supportant une rambarde métallique. On accède à la
lanterne par un escalier en vis avec jour. |
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Description technique |
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1ère
optique : 31 août 1881 : feu fixe blanc de 2ème ordre.
Autres optiques :
01 janvier 1892 : feu fixe varié par de courtes occultations toutes les
5 secondes, focale 0,70 m.
01 octobre 1897 : feu à 3 éclats toutes les 20 secondes focale 0,70 m.
10 avril 1990 : Feu blanc à 3 éclats groupés 20 secondes. Optique
tournante de 6 panneaux au 1/6 de focale 0,25 m.
Cuve à mercure : 1897.
Combustibles :
Gaz d' huile : 01 octobre 1897 : fabriqué à l' île de Sein.
Vapeur pétrole : 1903.
Electrification : 1990.
Automatisation : 1990.
- Etat actuel : Lanterne Ø 3 m. Optique tournante de 6 panneaux
au 1/6 de focale 0,25 m. Cuve à mercure. Pissotière BBT.
Lampe Halogène 250w. Feu blanc à 3 éclats groupés 20 secondes. Portée 23
milles. Aide sonore Vibrateur ELAC-ELAU 2200. : 3 sons toutes les 60
secondes. |
Sources : base
documentaire ENPC ; Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et base Mérimée
Le conducteur
PROBESTEAU, seulement âgé de 25 ans, succéda à LACROIX, en mai 1872, lorsque ce
dernier partit à la retraite. Le même mois, Alfred CAHEN quittait le Finistère pour
Epinal. L'ingénieur MENGIN-LECREULX, qui connaissait parfaitement les problèmes
liés aux travaux maritimes le remplaça.
L'ingénieur en
chef FENOUX écrivait le 22 juin 1877, au directeur REYNAUD :
"depuis
le début de la campagne la mer presque constamment mauvaise a été longtemps
défavorable aux travaux d'Ar Men qui ont peu avancé. Jusqu'au 15 courant date de
mes derniers renseignements précis, on avait accosté seulement les 8, 25 et 26
mai, le 9, 10 et 14 juin, 6 en tout. . Les trois premières marées ont
principalement consacrées à l'installation des appareils de bardage. Du 26 mai
au 9 juin la mer a été très grosse et il a fallu employer presque toute la marée
du 9 juin à réparer les avaries causées par la mer ... les résultats sont
médiocres mais il suffirait d'un beau mois pour réparer largement le temps perdu"
Le 9
juin 1878, un drame fut évité de justesse, grâce au courage de Monsieur
PROBESTEAU et du capitaine du bateau à vapeur l'Armorique, Monsieur FOUQUET.
La chaloupe dans laquelle étaient embarqués 13 maçons et le conducteur, fut
chavirée par une puissante lame. Tous les hommes furent sauvés. Le ministre des
Travaux Publics, Monsieur FREYCINET, écrivit, le 31 juillet 1878, au Préfet du
Finistère, en ces termes :
"... grâce au dévouement et à l'énergie de
M. Probesteau, ainsi que
du capitaine Fouquet, du bateau à vapeur "l'Armorique" qu'il
n'y a pas de morts d'homme à déplorer. Dans ces circonstances, M. l'ingénieur en
chef propose, d'une part d'allouer à chacun des treize ouvriers qui ont été
précipités à la mer, une gratification de 30 francs... et d'autre part
d'adresser un témoignage officiel de satisfaction à
M. le conducteur
Probesteau, qui a tout personnellement sauvé deux de ses hommes..."
Monsieur PROBESTEAU fut décoré de la légion d'honneur, pour sa conduite tout au
long de ce chantier particulièrement éprouvant.
En 1880, après 12
années de travaux, le phare était quasiment terminé et, le 18 février 1881, le
premier feu fut allumé par les 4 premiers gardiens :
Germain FOUQUET, Alain MENOU et Michel LE NORET, Jules VENEC.
Le 24
juin, alors que le canot à bord duquel avaient pris place les maçons,
s'approchait du phare, une lame projeta 2 hommes à la mer et ils périrent sous
les yeux de leurs compagnons.
Daniel TREANTON et Michel LE RU en furent les 2 derniers gardiens.
La lumière d'Ar-Men
éclaire l'océan, chaque nuit de 3 éclats blancs toutes les 20 secondes et porte
jusqu'à 22 milles.
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Jean-Pierre Abraham,
a collaboré à la revue Ar-Men. Il a été gardien à Ar-Men de
1959 à 1963. Il a également écrit : le Guet (1986), Le Vent (1956) et Armen
(1967).
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Dans son
excellent album, "Trois
éclats blancs", Bruno Le Floc'h nous raconte, avec humour,
l'histoire de la construction du phare Ar-Men.
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